C'est quoi un Carabot?


Insigne des Carabots
Insigne des Carabots

 

CARABOT : Du vieux français, mauvais garçon, voyou, malfaiteur, pillard...

 

Les Carabots sont un groupe de sans-culottes constitué à Caen en Normandie lors de la Révolution française. Équipés de fournitures saisies au château de Caen, elle prit le nom de Garde nationale et ses membres prirent des grades de sous-officiers qui les firent surnommer « carabots » (par une assimilation malveillante de « caporaux » avec « carabot » : voyou, malfaiteur, pillard), terme de dérision dont ils choisirent de se faire gloire : « Titre équivalent à celui de Sans-Culottes : épithète burlesque qui avait été donnée par l’aristocratie dédaigneuse au commencement de la Révolution aux sous-officiers de la garde nationale à cause de leur ardent amour pour la liberté, et qu’ils ont conservée précieusement » (Procès-verbal de la réunion des Carabots de Caen du 12 février 1793). En mars 1793, ils se désignent comme le « Bataillon de la Mort ». À la dissolution de leur société, désirant rester ensemble, un peu à la façon d’une association d’anciens combattants, ils formèrent un club mi-civil mi-militaire qui procédait à des parades en uniforme, avec tambours et drapeau. Les Carabots portaient pour insigne un brassard au bras gauche avec la devise en forme de rébus : « L’exécution de la loi ou la … »surmontant une tête de mort. En juin-juillet 1793 lors du soulèvement de Caen contre la Convention nationale, les Carabots se joignirent aux Girondins. Enrôlés dans l’armée fédéraliste du général de Wimpffen, ils furent défaits à la bataille de Vernon. Le 8 août 1793, la Convention prononça la dissolution des Carabots.

 

LE CARABOT DE NOS JOURS

 

Le terme Carabot de nos jours est toujours employé dans la région de Caen, mais plutôt pour designer quelqu’un de négligé, peu matérialiste et qui vient de la classe sociale du bas (ferrailleur, mécano de quartier, gitan pauvre). En réalité, c’est un concept de vie qui ne se choisit pas, on l’est ou on ne l’est pas. Le Carabot est un débrouillard du quotidien il se fout du qu’en dira-ont et connait tous les raccourcis de la (sur)vie. Il peut être de bonne famille et essayer de faire bonne figure dans SA classe sociale, il sera le marginal de la famille, le vilain petit canard, celui qui est différent, qui traine naturellement avec des gens simples, directs et riches en expériences. Un Carabot va droit au but, il recherche l’efficacité pas le style, il ne s’embarrasse pas de faux semblants, « tout est bon chez Léon » ou « peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse » pourrait être ses devises, c’est même ce qui déstabilise la plus part des gens. Si on voulait comparer le Carabot contemporain à un animal, il serait « un chien de la casse », celui qui est toujours dehors, qui a une sale gueule avec son poil tout collé et sa démarche rigide a force de dormir par terre. Ce chien-là ne ressemble à rien mais il défendra sa peau et son territoire coute que coute et avec efficacité car il ne possède réellement que ça. Comme son compère humain, il n’est jamais en mode « concours de beauté ». Etre libre d’être un Carabot contemporain ça se mérite et ça ne s’invente pas, on ne peut pas tricher avec les vrais, et ça, peut-importe la casse d’où ils viennent et celle où  ils iront dans leur vie… CARABOT STYLE !

Pralo

 

 EXTRAIT DES ANNALES DE NORMANDIE - LES CLUBS POLITIQUES DE CAEN

 

… Même quand il se sépara des Jacobins de Paris, le club des Jacobins de Caen était nettement en déclin. Peu de membres assistaient aux réunions où l'on dit que, à défaut de questions plus sérieuses, ils passaient leur temps à chanter des chansons patriotiques. Le déclin du club peut être en partie attribué au développement d'un autre club, les Carabots. L'origine exacte de ce groupe n'est pas certaine, mais apparemment il débuta avec la milice populaire formée dans l'été de 1789. Elle se composait surtout d'artisans et de petits boutiquiers qui s'étaient armés lors du raid de juillet 1789 sur le Château de Caen. Ils remplissaient avec exubérance leur rôle nouveau de milice publique, mais se trouvèrent relégués à l'arrière-plan après l'organisation officielle de la Garde Nationale. Pour préserver un peu de leur élan et de leur camaraderie, ils formèrent un groupe qu'ils appelèrent les Carabots, une dérivation dénigrante du mot « caporaux ». De fraternité obscure, les Carabots devinrent un club documenté le 10 février 1793, quand cinquante d'entre eux se rassemblèrent sur la Place de la Liberté, anciennement Place Royale. Il est intéressant qu'ils aient choisi cette place, bordée par les maisons de négociants aisés, plutôt que la Place Saint-Sauveur ou la Place Saint-Pierre, toutes deux plus proches du quartier artisanal de Caen. Deux jours plus tard, ils s'assemblèrent à nouveau avec une bannière, des brassards et un procès-verbal de leur réunion précédente. Ils firent vœu de n'accepter que des républicains reconnus dans leur groupe, et jurèrent de « maintenir la République une, indivisible et populaire, la liberté, l'égalité ; d'observer les lois qui auront pour base ces principes, et d'exterminer tous ceux qui voudraient un autre gouvernement ». Ils déclarèrent que leur devise serait : «L'exécution de la loi ou la mort» (20). Les Carabots, comme les Jacobins caennais, laissèrent peu de traces de leur existence. A part la proclamation publiée à la date de leur fondation, et une proposition qu'ils présentèrent à l'administration départementale durant la révolte fédéraliste, aucun document n’ayant trait au club n'a survécu dans les archives. Il n'existe aucune liste des membres du club. Mais la date de la création officielle du club (début 1793, quand les administrations départementales et les sociétés populaires dénonçaient largement la Convention Nationale et « l'anarchisme » et « l'esprit de faction » à Paris) et l'accent mis sur le respect de la loi aussi bien dans leur devise que dans leur serment suggèrent que les Carabots étaient un groupe modéré qui ne soutenait pas le radicalisme jacobin. Ils maintenaient une présence publique active cependant, et apparemment le fait qu'ils étaient armés mettait certains citoyens respectables quelque peu mal à l'aise. Des rapports contemporains suggèrent que les Carabots éclipsèrent bientôt les Jacobins en popularité et influence. Cependant, il n'est fait mention nulle part dans les documents d'un antagonisme entre les Carabots et les administrations locales. En effet, plusieurs administrateurs départementaux étaient membres du club, qui agissait souvent officieusement pour l'administration. Le 3 mars 1793, quand un groupe de jeunes sema le désordre lors d'un recrutement de l'armée, ce furent les Carabots qui donnèrent l'alarme et qui aidèrent les forces officielles à rétablir l'ordre. De temps en temps, des membres du club faisaient preuve de trop de zèle dans leurs actes. Ainsi le 20 avril, le conseil municipal envoya plusieurs hommes pour faire rebrousser chemin à cent cinquante Carabots armés, en route vers Argences pour « chercher du grain ». Mais les autorités officielles faisaient souvent appel à leur aide pour des recrutements, des réquisitions de grain et des transports. Le 12 mars, un Carabot accompagne Louis Caille en mission officielle à Evrecy, et le 19 mai l'administration départementale assigna les Carabots à l'inspection du courrier de l'étranger. Les fonctionnaires départementaux et municipaux firent même appel aux Carabots pour conduire certaines fouilles à domicile au printemps de 1793. En avril, Bougon-Longrais, alors en mission à Paris, termina une lettre à deux collègues de l'administration départementale en donnant l'accolade « à vous et à tous les fidèles Carabots». Ce témoignage suggère que le club des Carabots était un client de l'administration départementale et probablement de l'élite des négociants de Caen. Certainement, beaucoup d'artisans et de boutiquiers qui étaient membres du club dépendaient des marchands en gros pour leur subsistance, et traitaient régulièrement avec eux. Le fait qu'ils aient choisi la Place de la Liberté comme lieu de rassemblement et que Jean-Michel Barbot, un des dirigeants Carabots, soit premier clerc au Tribunal de Commerce, suggère des rapports de clientèle. Barbot, qui devint président du club en juillet, avait obtenu son poste de premier clerc dans des circonstances équivoques juste quelques mois avant la création des Carabots (24). Le club des Carabots jouissait assurément d'une meilleure collaboration avec l'administration départementale que le club des Jacobins, que les Carabots remplaçaient maintenant comme société populaire de Caen la plus active. Il est aussi remarquable que l'ascension des Carabots ait eu lieu juste quelques mois après que la communauté commerçante ait obtenu une représentation importante au conseil municipal de Caen. Des événements durant la révolte fédéraliste montrent aussi la collaboration entre le club des Carabots et l'élite politique de Caen. Caen devint l'un des centres principaux de résistance à la Convention Nationale Montagnarde en juin et juillet 1793. Comme ailleurs, les dirigeants fédéralistes ne réussirent pas à provoquer un large mouvement de soutien pour leur campagne contre Paris, mais à Caen, le club des Carabots répondit à l'appel aux volontaires lancé par l'administration départementale. Un lien personnel entre les dirigeants Carabots et l'élite commerçante et politique de Caen est évident ici. Pierre-Jacques-Samuel Chatry, un négociant connu de Caen, semble avoir joué un rôle- clé en incitant les sections de Caen à une déclaration d'insurrection le 8 juin 1793. Chatry avait été actif dans la politique municipale depuis le début de la Révolution, d'abord comme officier puis plus tard comme notable. En 1791, il avait été élu maire de Caen, bien qu'il ait refusé le poste pour des raisons personnelles, craignant que son protestantisme ne cause des divisions politiques. Son frère, Jean-Louis-Isaac Chatry, siégea comme administrateur départemental en 1793. Frédéric Vaultier rapporte que Samuel Chatry écrivit un discours enflammé, le 8 juin, appelant les sections de Caen à se révolter contre les usurpateurs de la souveraineté nationale à Paris. Chatry donna ce discours au secrétaire de la section Liberté, qui se trouvait être Frédéric Vaultier, avec l'ordre que son auteur reste anonyme. Vaultier fit ce qu'on lui avait dit, s'adressant non seulement à la section Liberté mais aussi aux quatre autres sections, et à l'aube toutes s'étaient déclarées en état d'insurrection. Dans les semaines qui suivirent, Chatry abandonna son rôle secret pour devenir l'un des deux délégués du Calvados au Comité Central de la Résistance à l'Oppression qui se réunit à Caen à la fin juin. En plus de ses fonctions au conseil municipal, en 1792-1793, Chatry fut aussi président du Tribunal de Commerce de Caen, où son premier clerc était Jean-Michel Barbot, le chef du club des Carabots durant la révolte fédéraliste. Les Carabots appuyèrent l'appel à l'insurrection de Chatry par une pétition à l'assemblée générale du Calvados (composée d'administrateurs de la ville, du district et du département) appelant à la répudiation de la Convention Nationale, au rappel des conventionnels du Calvados, à la poursuite judiciaire des partisans de Marat et autres « factieux », et à la création d'une cavalerie de deux cents hommes pour assurer la sécurité publique. Après cela on ne trouve plus aucune déclaration des Carabots dans les archives, mais dans les semaines qui suivirent le club soutint l'administration départementale et la révolte contre la Convention. Des membres du club se joignirent au contingent de volontaires de Caen et portèrent la bannière du département comme le groupe marchait sur Evreux. Georges Mancel fait état d'un désaccord au sein du club à la fin juillet, alors que la révolte à Caen se désintégrait, mais la majorité continua de soutenir l'administration départementale (28). Au début août, comme nous l'avons déjà noté, la Convention Nationale ordonna la dissolution des Carabots. A ce moment-là, le club s'était déjà dispersé et avait détruit la plupart de ses documents …